Connaître les bases techniques de l'assurance - partie 3

Écrit par Datin. Publié dans Généralités sur l’assurance

Principe de tarification :

Prenons par exemple un portefeuille d’assureur comprenant une mutualité de 1.000 professionnels d’une même catégorie d’activité, des quincailliers par exemple, chacun d’eux étant propriétaire d’un bâtiment à usage professionnel d’une valeur de 1 million d’euros.

A la suite de la première année de couverture d’assurance, on observe les statistiques suivantes pour le risque incendie :

  • 1 bâtiment a été complètement détruit (coût 1.000.000 €)
  • 1 bâtiment a été détruit à 50 %, soit un coût de 500.000 €
  • 1 bâtiment a subi des dommages partiels pour un montant de 300.000 €

D’où les constatations suivantes :

Nombre de sinistres : 3

D’où fréquence de l’année: 3 sinistres sur 1.000 bâtiments assurés = 3 ‰ (trois pour mille)

Total des sinistres payés dans l’année : 1.000.000 + 500.000 + 300.000 = 1.800.000 €

Coût moyen des sinistres de l’année : 1.800.000 € / 3 = 600.000 €

L’année suivante, l’assureur devrait donc faire payer à chacun des quincailliers la cotisation suivante (hors chargements et taxes) :

(600.000 x 3)/1.000 = 1.800 € (c’est la cotisation "technique", ou cotisation "pure")

D’où la formule de calcul d’une cotisation d’assurance :

Cotisation pure = coût moyen x fréquence : 1000

Bien entendu, à cette cotisation "pure", l’assureur devra ajouter ses frais généraux, son bénéfice, et les taxes (voir ci-dessous).

Vous voyez bien que ce n’est pas compliqué l’assurance !

La réelle difficulté pour un assureur est de prévoir l’avenir car en supposant que pour la première année de couverture de ce risque, il ait fait payer à chaque assuré une cotisation de 1.000 €, il en serait de sa poche... En effet, les statistiques ne sont qu’un reflet du passé alors que la couverture d’assurance se fait nécessairement à priori et non pas à posteriori (la cotisation est fixée d’avance et n’est pas révisable). Ceci dit, il existe des sociétés (surtout de mutuelles) qui sont dites à cotisations variables. Si elles enregistrent des mauvais résultats pour un exercice donné, elles peuvent demander un rappel de cotisation à toutes les personnes qui étaient assurées cette année là (même si entre temps, elles ont quitté leur assureur).

Dans l’exemple ci-dessus des quincailliers, pour la seconde année, l’assureur devrait en théorie faire payer à chacun de ses assurés une cotisation "pure" de 1.800 €, à condition que la seconde année connaisse la même sinistralité que la première, ce qu’il ne sait pas lorsqu’il va appeler ses cotisations... Comme l’assureur ne lit pas l’avenir dans les étoiles, il ne peut pas savoir ce qui va réellement se passer au cours de la seconde année et il devra prendre en compte toutes les informations dont il peut disposer pour actualiser ses futures cotisations.

S’il est "prudent", il majorera la cotisation pure résultant des statistiques observées, par exemple d’un coefficient de 20 %, pour parer à toute éventualité.

Seulement, en étant prudent, il risquera d’être hors marché et si ses concurrents s’en tiennent à la statistique observée, il perdra des clients...

C’est là que réside la réelle difficulté du métier d’assureur, c’est le "boulot" des actuaires

Incidences de la fréquence et du coût moyen constatés dans la tarification des risques d’entreprise :

L’observation des statistiques de sinistres des années antérieures permet à l’assureur de dégager des enseignements sur la sinistralité des différentes catégories d’activité, exemple:

  • En incendie, les professions qui travaillent mécaniquement le bois et ses dérivés connaissent une fréquence d’incendie plus forte que les entreprises qui usinent des métaux. C’est une évidence puisque le bois est très facilement inflammable alors que les métaux ne le sont pas.
  • De même, le coût moyen des sinistres d’incendie de ces activités du bois est plus élevé car dès qu’un incendie se déclare, il trouve un aliment de choix pour se développer, et les sinistres sont souvent très importants, voire totaux...
  • Ainsi, la tarification d’une activité de transformation mécanique du bois pourra être affectée de tarifs d’assurance en cotisation pure 5 à 6 fois plus élevés qu’une activité d’usinage des métaux.

Et ce n’est pas une simple "invention" des assureurs, c’est la simple application des enseignements tirés des statistiques.

Incidences des moyens de prévention et de lutte contre les sinistres dans la tarification des risques d’entreprise :

De même, pour deux entreprises exerçant la même activité, des différences de tarification très sensibles pourront être constatées selon que dans telle entreprise, des moyens efficaces de prévention et de lutte contre l’incendie auront été mis en place :

  • aspiration des sciures
  • nettoyage quotidien
  • installation de R.I.A. (robinets d’incendie armés)
  • extincteurs mobiles appropriés
  • installation d’extinction automatique (sprinklers)
  • etc...

Bien entendu, la nature des matériaux de construction (murs et toiture) des locaux de l’entreprise pourra aussi influencer le tarif. Bref, la tarification de l’assurance des entreprises est complexe et relève d’une technique élaborée qui est le fruit de plusieurs siècles d’expérience des assureurs.

attention

Chaque risque fait l’objet d’une observation des statistiques en vue de sa tarification.
Alors qu’aujourd’hui, l’assurance "multirisque" est devenue une pratique courante,
il faut savoir qu’à l’intérieur d’un même contrat multirisque,
chaque garantie est tarifée en fonction des risques propres à l’activité exercée, exemple :

Si dans l’exemple ci-dessus du travail mécanique du bois,
les taux en incendie sont élevés, les garanties "dégâts des eaux" ou "vol"
se verront appliquer un tarif plus "léger" que la moyenne,
sachant que cette activité peut être peu sensible à ces deux risques

Quelques définitions techniques :

  • Accessoires : (ou répertoire ou frais de quittancement)
    • frais décomptés sur chaque quittance de cotisation terme
  • Apériteur :
  • Chargements :
    • - ce sont les frais généraux de l’assureur qui s’ajoutent à la cotisation pure.
    • - Ils sont variables d’un assureur à l’autre. Le taux moyen en 2007 ressort à 22 % pour l’ensemble de la branche "dommages" des assureurs français.
    • - Il n’est pas inintéressant de connaître le taux de chargement de son assureur car cela impacte directement le niveau de la cotisation que vous payez.
  • Co - assurance :
    • - lorsqu’un risque est trop important pour un seul assureur, il ne s’engage que pour une partie de ce risque et l’assuré doit alors rechercher d’autres assureurs qui seront appelés co-assureurs
  • Cotisation pure (prime pure) ou technique :
    • - c’est la cotisation calculée à partir de la fréquence et du coût moyen
  • Cotisation (ou prime) commerciale : (ou prime nette)
    • - c’est la cotisation pure augmentée des frais généraux de la société d’assurance et éventuellement de la rémunération des intermédiaires (les chargements)
  • Cotisation (prime) totale :
    • - c’est la cotisation commerciale augmentée des taxes (voir tableau des taxes à la fin de ce chapitre)
  • Coût d’acte :
    • - frais décomptés pour l’établissement d’un contrat ou d’un avenant
  • Police collective à quittance unique :
    • - c’est un contrat qui implique plusieurs assureurs pour assurer un même risque
      (Voir ci-dessous dans le chapitre "division des risques).
  • Ratio SINISTRES/COTISATIONS :
    • - c’est le rapport entre les sinistres payés pour un risque et les primes encaissées pour ce même risque au cours d’une période d’assurance